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Sabatino Scia est né en 1955 à Naples où il vit toujours. Il a écrit environ quatre cent fables, ainsi que des pièces de théâtre, des nouvelles et des poésies.

 

Les fables de S. Scia abordent avec lucidité les problèmes d’actualité, même les plus brûlants, et les éternels dilemmes qui affligent l’humanité. Dans son monde peuplé d’animaux, d’éléments de la nature, de symboles divers et parfois d’hommes aussi, il recrée métaphoriquement notre univers plein de contradictions. Mais son message toujours empreint d’humanité laisse entrevoir également des bouffées d’espoirs.

L’auteur manie avec aisance un genre littéraire parmi les plus complexes et parvient à un résultat indiscutablement surprenant. Ce livre, écrit dans un langage saisissant, fluide, réaliste et extraordinairement moderne, réussit à nous faire revivre toute la magie de « Il était une fois.. »

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Des écrivains et critiques littéraires célèbres ont été séduits par le style de Sabatino Scia. Les extraits de leurs préfaces qui suivent aident à mieux cerner la personnalité et l’œuvre de cet auteur.

 

Francesco d’Episcopo , professeur de littérature à l’université de Naples, critique littéraire et écrivain.

Il a préfacé (« La dittatura dura non dura -Timisoara 1989 » –Paguro 2002)

 

« … La fable – qui doit absolument être différenciée du conte distrayant et évocateur – a toujours eu un pouvoir métaphoriquement révolutionnaire.

Esope et Phèdre, esclaves tous les deux, ont utilisé la fable pour reconquérir leur liberté. Ils ont montré du doigt vices et vertus….et ont fait entrevoir un horizon de bonheur et de justice.

Sabatino Scia, Napolitain de pure souche, a la fable dans le sang. Il métabolise les différentes situations avec spontanéité et avec une intensité naturelle pour les transformer immédiatement en histoires, ceci dans l’esprit le plus authentique d’une tradition qui, populaire et orale à l’origine devient cultivée et écrite.

… Sabatino se fait témoin de la crise de notre ère avec toute la sagesse et l’ironie du peuple napolitain qui a su construire une philosophie solide sur les sables mouvants de l’histoire et de l’actualité, sans jamais se faire posséder par l’illusion de dominer le monde…. »

 

Dacia Maraini, romancière, poétesse et dramaturge de grand renom, a été la compagne d’Alberto Moravia pendant plus de vingt ans. Parmi ses nombreux succès, on peut citer le roman « La lunga vita di Arianna Ucrìa », traduit en dix-huit langues et la pièce « Maria Stuarda » représentée dans vingt-deux pays.

Elle a préfacé « C’era una volta la carestia nel bosco » (Pironti 1996 – Paguro 2003) :

 

« …Sabatino a indéniablement un talent narratif inné, il a le chic pour trouver le ton juste ; il écrit ses fables comme s’il les racontait à ses propres enfants réunis autour de la table du déjeuner...

« Ses fables sont comme celles d’Esope… ses animaux parlent, réfléchissent, décident agissent, se repentissent, organisent des stratégies de survie, tout en étant tendrement capables d’amitié et de fidélité.

« Quelqu’un pourrait dire que Walt Disney fait la même chose…..Mais Sabatino Scia, grâce à sa napolétanité flagrante, suit des règles antérieures à l’humanisation des dessins animés ; elles sont vocales et paysannes, leurs racines se trouvent dans le cœur d’une culture méditerranéenne archaïque.

Comme toutes les fables du monde, les siennes aussi ont une morale. Seulement, il ne s’agit pas de la « bonne morale » des bandes dessinées américaines où les plus gentils et les plus riches gagnent toujours grâce à leur sincérité. Ici, on est plus près de Plaute ou de Polichinelle que de Donald et de Mickey. Les personnages de Sabatino sont plutôt des masques napolitains antiques chez lesquels la faim et les stratégies de survie l’emportent sur les valeurs civiques et nationalistes. Ses fables sont imprégnées de l’humour amer de la défaite, de la cruauté… »

 

Alda Merini , une des poétesses préférée de Pier Paolo Pasolini. Elle a été candidate au Prix Nobel de la poésie (candidature proposée par l’Académie Française).

 

Elle a préfacé « I ricordi del Cane Mastino » (Paguro 2002)

 

« … Au fond, la substance « angélique » de la fable va au-delà de la poésie ; la forme dionysiaque existentielle de Sabatino Scia ne prétend pas à la rythmicité, incontournable chez un poète, mais ses textes sont empreints de mélodie, ils sont comparables aux poèmes et à ce que, dans l’automne fantastique de ma vie, j’appelle tout simplement le lyrisme.

Personnellement, je ne crois pas à la fonction pédagogique de la fable, mais je trouve que depuis toujours celle-ci voyage côte à côte avec la poésie enfantine tandis que la poésie « adulte et mûre » est souvent trop rigoureuse.

Sabatino est donc un poète qui, avec son écriture, a tracé le chemin le plus difficile .... il chante peut- être sa propre vie avec une seule corde vocale, comme Paganini avec son violon se passait de tous les autres accompagnements et réussissait à subjuguer le public.

« Sorcellerie » de la fable, point d’interrogation, il y a toujours un loup dans les fables, qui est souvent le moteur du récit ; mais sans méchant loup, fouine rusée ou renard fou, il n’y aurait pas de démons de la créativité.

En tout cas, Sabatino Scia est l’héritier génial de la fable antique. »

 

Maria Orsini Natale , romancière de grand succès et talent. Son œuvre majeure est « Francesca et Nunziata » paru en 1996 et déjà traduit en 6 langues. Sophia Loren a interprété le rôle principal du film tiré de ce magnifique roman.

Elle a préfacé « Unafavolaperprotesta.com » (paguro 2003)

 

« ….Chaque fable de Sabatino est aussi ronde qu’un cercle dessiné à la craie autour d’une histoire et d’un nouvel arcane proposé comme une énigme qui reste là en attendant le fil d’Arianne….

… Alda Merini considère Sabatino comme l’héritier de la fable antique : je partage religieusement son avis. Tout comme cette grande poétesse, je pense aussi que cet héritage n’est pas facile car il surgit d’un horizon pétri d’humiliation des plus faibles, d’abus, de protestation.

…Sabatino enrobe le quotidien dans le voile de l’invention et de la comptine. Et chez lui le tout prend racine dans l’humus napolitain, dans un langage et une affabulation oniriques ….

‘’ La mer était de bonne humeur, elle était calme… Et puis elle eut des vagues hautes et bouclées…et les rochers coupants étaient là ancrés comme des fantômes… et elle ne rendit jamais les corps de ces jeunes gens…et elle eut honte et les cacha dans ses abîmes… Elle pleura jour et nuit …. Mais que pouvait-elle faire ?

Puis elle se calma… Elle voulait le pardon .’’

Dans ces mots il y a toute la sacralité de la nature toujours innocente, la mer a un horoscope tout tracé, elle est mer et doit être mer.

C’est la Loi.

« Qui a mangé mon arrière-grand-mère folle ? – demande en hurlant la vache – Dites-le-moi, qui l’a mangée ? Les enfants … J’ai de la peine pour les enfants… Je ne sais plus ce que veut dire se promener ou manger de l’herbe ».

Ce sont des fables de notre temps, c’est notre pain quotidien, et la voix des animaux oblige notre mémoire distraite à s’arrêter en brandissant la sagesse de la douleur et l’espoir, cet espoir qui se moque de nous quand nous attendons encore la justice et la beauté. »


 

SABATINO SCIA

 

Fables

 

LE BERGER AMBROISE

 

Il fut un temps où sur le sommet d’une montagne longue et grise, vivait un berger nommé Ambroise . Il était gentil, très gentil.

Un jour, pendant que ses moutons s’abreuvaient près d’un ruisseau, il vit bouger les feuilles d’un buisson, puis il entendit un gémissement très léger mais triste. Effrayé, il s’approcha tout doucement et, en se frayant un chemin avec ses grosses mains dociles, il vit un louveteau qui était en piètre état ; il le prit avec une grande délicatesse, l’enveloppa dans un bout de tissu et le mit à l’abri sous son long manteau fait de toile de sac et de ficelles.

Au bout d’un moment, il le reprit pour le regarder et le louveteau le fixa avec ses yeux malades, il semblait vouloir lui demander quelque chose : il n’avait jamais vu un homme !

Qui sait, avait-il peut-être cru qu’Ambroise était sa maman et que les enfants étaient faits d’une façon et les mamans d’une autre ? Bah ! qui sait ? Que pouvaient-ils bien vouloir dire ces petits yeux ?

En tout cas, Ambroise, dans le doute, prit du lait d’une belle brebis, le mit dans un bol et essaya de le faire boire au louveteau. Le petit en but un peu, puis s’endormit et ses gémissements sentaient le lait.

Ce jour-là, à cause de ce louveteau Ambroise pensa ramener les moutons au bercail avant l’heure. Il fit ainsi et arriva au village très tôt. Puis, une fois les moutons rentrés, il frappa à la porte de sa maison.

– Qui est-ce ? ­- demanda sa femme.

– Ambroise.

– Ambroise ? Et…pourquoi donc rentres-tu si tôt, Ambroise ? – Lui redemanda sa femme.

– Là-haut sur la montagne j’ai trouvé un petit de loup qui miaulait dans un buisson et pour que le froid ne le tuât pas, car il était déjà à moitié mort, j’ai pensé bien faire en le ramenant ici à la maison où il fait bien chaud.

– Un petit de loup ? Mais, ma foi, tu es devenu fou, Ambroise ? Mais sais-tu qu’une fois devenu grand il va manger tes moutons ? Pourquoi ne l’as-tu pas enterré ? Et où l’as-tu mis ?

– Le voilà –. Et il le prit d’en dessous son manteau.– N’est-il pas mignon ?

– Tu es fou, Ambroise : un berger qui élève un petit loup pour le voir plus tard manger ses moutons ? Tu es fou, Ambroise ! S’écria sa femme.

– Tais-toi, s’il te plaît ! Je ne suis pas fou. Ambroise n’est pas fou ! – Dit Ambroise et il continua : – Pour moi ce n’est pas un loup, c’est seulement un bébé. Quand il sera grand il deviendra loup. Maintenant c’est seulement un bébé comme tous les bébés de ce monde plein de gens idiots. Il est petit, ne le vois-tu pas ? Petit : il ne sait même pas qu’il est loup et je ne peux donc pas le tuer ! Ambroise ne peut pas tuer un loup qui n’est pas là. Il n’existe pas, ne le vois-tu pas ? Attends… regarde, regarde : il me lèche le doigt ! Tous les bébés animaux, fils et filles des nombreux animaux du monde ne sont que des bébés, ils n’ont pas d’identité, comprends-tu ?

– Mais que dis-tu, Ambroise ? L’i…l’identité ? Tu lis trop de bandes dessinées, toi, Ambroise. Celui-ci est un loup qui mangera tes moutons ! – Insistait sa femme. – Les moutooons !!!

Ambroise devint tout rouge, se fâcha et continua : – Si moi, berger, je tuais un grand loup… mais jamais un petit ! Car celui-ci, ne le vois-tu pas ? C’est un bébé, bon sang !… L’affaire est compliquée et il me semble que je mélange tout… en tout cas lui, le loup, si je le tuais il comprendrait et accepterait : c’est la loi de la nature ! Il comprendrait lui aussi !

– Maaais…

– Tais-toi, j’ai dit, je suis un peu perdu : toute la journée là-haut sur la montagne au froid… Je soignerai ce bébé et quand il deviendra loup, je le lâcherai dans la forêt, et le laisserai aux moutons et aux bergers !

Dans l’esprit d’Ambroise tout était clair. Ambroise était Ambroise. Il était bon. Voilà !

Et il soigna le bébé loup avec amour, malgré tous les autres, ceux du village qui se moquaient de lui et disaient : – Un berger élève chez lui un loup qui plus tard mettra en morceaux ses moutons ! – Mais, pour Ambroise, ce n’était pas un loup, c’était seulement un bébé ! Comment le faire comprendre à ces vilaines têtes de fromage salé ?

Ambroise ne savait pas bien s’exprimer, car il n’avait pas fait d’études, mais dans son esprit tout était clair, surtout le concept de « civilité » ! Et il ne savait même pas que son comportement si juste s’appelait « civilité ».

Ambroise était Ambroise. Il était bon. Voilà tout !

En tout cas, Ambroise éleva avec amour ce louveteau, et quand il fut sur le point de devenir loup, il le lâcha, tout en pleurant, et le laissa à la forêt, aux moutons et aux bergers.

Eh oui, aux bergers ! Ces têtes obtuses de fromage salé !

Ambroise vécut longtemps, plus de cent ans, mais sa façon de penser, personne ne put la lui enlever de la tête !

Pourquoi ?

Ambroise était Ambroise. Il était gentil. Voilà tout !

 


 

L’OURS METTEUR EN SCENE

 

– Vas-y, vas-y, la poule ! Joue ta scène.– S’exclama l’ours Metteur en scène en buvant une boisson bizarre et pétillante qui s’agitait dans son verre.

La poule monta sur l’estrade en sautillant et déplia le script avec ses pattes et leva la voix :

- Un renard devint célèbre car il écrivait des livres sur les choses de la vie ! Comprenez-vous ?

– Sur les choses de la vie des autres ! –, l’interrompit le très arrogant coq de bruyère qui lisait le même script et allongeait son bec jusque dans les plumes de son amie la poule.

– Il méditait, lisait, lisait…Il croyait qu’il était immortel ! – glapit la fouine suite à un signe de la patte que lui adressa l’ours Metteur en scène.

Et la tortue et le cygne et le hibou et le chien et le chat et la marmotte et l’âne et le cochon et les autres… sautèrent sur l’estrade pour jouer chacun leur rôle.

– Être ou paraître ! Il n’est absolument pas difficile de comprendre ! – railla l’âne.

– Et celui qui ne possède pas le don d’artiste veut montrer qu’il l’a… Il veut paraître ! Il n’est pas difficile de comprendre ! Et le paraître est plus payant que l’être… parfois ! Souvent ! Toujours ! Il y a l’art de paraître, comme l’art du mensonge et l’art de la diplomatie et l’art de l’adulation … ce sont des arts pour survivre dignement…etcetera, etcetera ! – miaula le chat.

– Et les faux adulateurs ? Le renard était assiégé par les faux adulateuuurs ! – grogna le cochon en gesticulant avec ses pattes.

– C’est pareil ! Être ou paraître… les adulateurs pour pouvoir paraître ! Ils vont bien ensemble ! – le cygne.

– Il méditait, lisait, lisait… il analysait les pensées des autres ! C’était cela son vrai art … – la fouine.

– Puis, il cherchait l’amour ! – le chat.

– Les faux adulateurs n’aiment personne ! Et ils ne peuvent pas être aimés… mais ils sont très utiles à celui qui veut paraître ! – le cygne.

– les années passèrent et le renard devint vieux et cherchait encore l’amour… mais… – l’âne.

– … mais les faux adulateurs ne peuvent pas aimer ! – le cygne.

– Il méditait, lisait, lisait… analysait les pensées des autres… écrivait… écrivait… comprenait… notait des citations… observait… – la fouine.

– Comprenait-il quelque chose ? – le chat.

– Il passa toute sa vie parmi les faux adulateurs ! – le cygne.

– Il cherchait l’amour ! – le chat.

– Mais les faux adulateurs ne peuvent jamais aimer ! – le cygne.

– Il ne fut jamais aimé et n’aima jamais : il ne pouvait pas aimer un faux adulateur ! – le chien.

– Il croyait être immortel et ne pouvait qu’être adulé par de faux adulateurs ! Comprenez-vous ? – le chat.

– Mais il ne fut jamais aimé ! – le cygne.

– Il ne trouva jamais ce qu’il avait cherché et ne comprit jamais ce qu’il devait vraiment comprendre ! Mais il disait comprendre les choses des autres et méditait, lisait, lisait… analysait les pensées et les actions… c’était ça son art ! – la fouine.

– La vie dans notre forêt est vraiment drôle… – le cygne.

L’ours Metteur en scène les interrompit en hurlant, puis vomit un cri et effraya les acteurs qui de peur se cachèrent tous ensemble derrière les coulisses ! : – C’est une pâtée de colle ce texte ! Une vraie pâtée ! Répétitif ! Sans tête ni queue ! Il n’y a pas d’action ! Le sujet pourrait être intéressant mais il n’y a pas d’action. Les faits, les faits ! Il en manque ! Qui l’a écrit ? Je veux savoir la vérité : qui l’a écrit ? -

Personne ne répondit. Le cochon grogna en riant et le coq de bruyère cocoricoa avec ironie tout en faisant des câlins au cygne avec sa patte.

– Bah ! très bien. Pour le moment je suspends tout. Rentrez chez vous les animaux ! Non, non et non : je ne ferai pas ce texte ! Non. Je me sens mal. Je suis fatigué. Je n’ai pas le moral…je vous tiendrai au courant. Ce texte est une vraie pâtée qui m’a donné faim ! Vraiment. La colère m’a donné faim ! Je remplirai mon ventre d’anchois frits et de vin blanc de la Côte des Trucs-muches ! Il ne me reste rien d’autre à faiaiaiaire ! Une pâtée de son ! Et cinquante personnages-animaux qui vomissent des bêtises entre mes pattes ! C’est dégoûtant ! C’est la fin du théâtre. Il n’existe plus ! Démolissez tous les théâtres ! Démolissez-les ! L’art… Pouah ! C’est à vomir ! L’art est mort ! Où sont-ils tous les auteurs talentueux ? Il y en a ! Mais, mais plus personne ne veut d’eux ! : la médiocrité a pris le dessus ! Dans ce monde d’imbéciles. Le consumérisme. – Et il se mit à pleurer.

– J‘ai dit tout le mode à la maison, animau-au-au-aux ! Ne comprenez-vous donc pas ? Mais, mais je voudrais au moins savoir…connaître… celui qui a écrit ce texte. Ici il y a un nom…d’ânesse ! Qui est cette ânesse ? Ce n’est pas de ma faute…On me dit : travaille et tais-toi ! C’est ainsi que la roue tourne. J’en ai assez de subir… peut-être. En bas de ce script il y a un nom…

– D’ânesse ! Oui, d’une ânesse ! Monsieur l’Ours Metteur en scène – Cocoricoa le coq de bruyère.

– Les âneeesses ! Alors c’est vraiment la fin du théâtre ! J’avais encore une petite lueur d’espoir qui brillait… Mais c’est qui cette ânesse, où est-elle ? –

– C’est l’amie du producteur. – glapit la fouine.

– Elle est avec le producteur… peut-être à Cinecittà. – cocoricoa fort le coq de bruyère.

–… peut-être à Cinecittà ? Ah, l’ânesse… à Cinecittà… cette jolie ânesse avec ce beau nœud est l’amie du producteur ? Elle est mignonne avec son joli nœud… En effet, elle a de belles jambes. De très belles jambes caressées par des bas noirs brodés… des sabots peints avec du vernis rouge et jaune… et alors…

– Et il se parlait à lui-même : – quoi faire … il faut faire attention ici car l’ânesse peut dévorer l’ours ! Je pense que…Bon, restez, nous reprendrons le travail tout à l’heure … car… car ici il s’agit d’ânesses… Je comprends… peut-être ce texte sera.. Finalement il est très intéressant ! –––– Allez, allez : la pause est terminée. Tout le monde au travail, les animaux ! On recommence tout depuis le début. Toi, la poule, reprends ta lecture. Rentre ton ventre et redresse-toi. Bec en position horizontale. Faites bien attention. Peut-être pour moi… pour vous ce texte est très intéressant. Le théâtre survivra ! J’en suis certain. Même plus que certain. Il survivra… car faute d’art, il y aura les… C’est vraiment une ânesse jolie et intelligente, celle-là. J’en suis plus que certain. Allez, la poule, reprends ta lecture !

 


 

Monsieur Peu et Monsieur Beaucoup

 

Et un jour, Monsieur Peu, plus en colère que jamais, alla chez Monsieur Beaucoup !

– Ecoute-moi bien toi ! Tu sais que tu me casses vraiment…

– Le P ?

– Oui, le P. J’en ai franchement assez de toi ! Voilà tout  !

– Calme-toi. Ne t’agite pas comme ça, t’as le cœur malade. Assieds-toi et respire, tu es hors d’haleine. Et puis… pourquoi es-tu fâché comme tu ne l’as jamais été ? – Rétorqua d’un petit air de supériorité Monsieur Beaucoup qui, tout en gonflant bien son B, était en train de discuter avec Monsieur Mais.

– Parce que, parce que… cette nuit je ne pouvais pas m’endormir, alors je me suis mis à penser et j’ai découvert que tu n’es rien d’autre qu’un moi-même ! : c’est moi qui t’ai donné la vie ! Sans moi tu serais moins que zéro ! Cher Beaucoup.

– Ah, ah ! Moi, moins que zéro !? Tu n’as pensé qu’à des bêtises : l’insomnie t’a joué un mauvais tour. Je te conseille d’aller voir un médecin ! Un bon médecin.

– Ce n’est pas vrai. Je ne souffre pas d’insomnie. Tu n’existerais pas sans moi ! T’as compris ? Tu n’es qu’une myriade de moi-mêmes collés les uns aux autres et tu te crois roi ! Et tu me traites comme le dernier des derniers, et tu m’insultes avec arrogance avec des mots durs et saignants sans jamais le moindre brin de douceur !

Beaucoup éclata de rire et grommela en se grandissant : – Peu, vas-t-en s’il te plaît, je ne t’écoute même pas ! Tu as mal dormi cette nuit et tu me cries des balivernes dans la figure : car, moi, je suis le monde entier ! Regarde là-bas cette infinité d’arbres… C’est moi ! Regarde le ciel ! Tous ces nuages… C’est moi ! Beaucoup, je suis Beaucoup, je suis un roi ! Je suis la neige ! Je suis la pluie ! Je su-is la rosée ! Je su-is la mer ! Je su-is la plage ! Je su-is la richesse. Je suis un avion ! Ou plutôt, un porte-avions… ou mieux, une infinité de porte-avions pleins à craquer d’avions ! Et toi, qui es-tu ? Moins qu’un grain de sable de mer ! A la rigueur tu pourrais être un boulon… Je te nomme boulon d’un avion, es-tu content ? Boulon ! Voilà ce que tu es, cher Peu ! Tu es Peu et tu seras toujours peu. Insignifiant. Oui, vraiment insignifiant. Un boulon boulonné.

– Oui, Beaucoup… mais voilà, le monde, le monde…. Je pense que tu es en train de dire… Peu a fait des remarques justes…– bredouilla timidement Monsieur Mais.

– Tais-toi, Mais ! Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas, t-as compris ? : Quand tu discutes avec Toutefois je me tais et je ne me permettrais pas de dire un seul mot même si on voulait me le sortir de la bouche avec un tire-bouchon ! Entendu ? Pense à toi.

Le pauvre Maisse recroquevilla par terre et s’aplatit. Quant à Peu, il se fit si petit que son P glissa et s’encastra sous le U ! Et il eut du chagrin, pleura quelques larmes et, ne sachant pas quoi répondre, il dit au-revoir à son ami Mais et s’en alla.

Mais, sur le chemin qui menait chez lui, dans un livre doré, il rencontra une fourmi noire comme le charbon qui le consola : c’était un petit être très intelligent qui trottinait en toute hâte en faisant rouler un gros grain de maïs.

– Ne t’occupe pas de lui : Beaucoup n’est qu’un bouffon arrogant ! Un prétentieux qui ne sait pas ce qu’il dit. Il est décousu. C’est le peu qui régit les choses du monde, crois-moi. C’est le peu. C’est toi qui es un roi.

– C’est vrai ? Moi un roi ? Mais que dis-tu ? Tu veux seulement me consoler car je suis triste.

– C’est comme ça, je te dis : une fourmi pourrait donner du fil à retordre à un éléphant ! Tu sais ? Je te fais un exemple….

– Vas-y, fais-moi rire. Petit peu de fourmi….

– C’est comme ça, je te dis. Un petit peu de fourmi est pourtant très grande ! Tout dépend où elle se faufile ! Un virus dans le corps d’une baleine, par exemple, peut la ronger tout entière ! Une bactérie, qui est moins qu’un petit peu, qui est minuscule, transforme le raisin en vin, le vin en vinaigre ! Un peu, mais que dis-je… une pincée de levure fait fermenter la farine du pain jusqu’au plafond… C’est le peu qui domine le monde et la quantité ne compte pas… ou bien, elle compte, mais elle compte peu… je veux dire… elle compte car elle est faite de peu. Je te le jure. Crois-moi. Tu es Peu ! Lui il n’est rien d’autre que toi ! Tu comprends ? Il n’existerait pas sans toi !

– Oui… plus ou moins… c’est ce que je lui ai dit. Mais, mais comment le lui faire comprendre ? Il gonfle son B, se met en colère…jure…dit qu’il me réduira en moins que peu.

– Encore mieux…moins que peu fait le peu et le peu fait beaucoup… C’est pourtant simple. J’ai une idée. Je pensais… Avec… tu dois simuler un attentat ! Qui dirige le bateau ? Hein ? Mis à part le fait que le bateau, tel que tu le vois, est composé d’une infinité de peu assemblés … t’es-tu jamais demandé qui le dirige ? Le Peu ! Toi, tu le diriges ! C’est toi qui l’as construit ! Toi, tu es Beaucoup. Tu peux réduire Beaucoup en un tas de tôles ! Sans tuer personne, bien entendu. Un amas de tôles, t’as compris ? C’est le peu qui dirige le bateau. Le peu du gouvernail. T’entends ? Toutes les choses que tu vois sont construites avec le peu et dirigées par le peu. Un très long train fonctionne avec le peu… Salut Peu. Je m’en vais. J’ai dis ce que j’avais à dire. Défends-toi. Et tiens-moi au courant de la suite ! Peu, tu es un roi et tu crois être un mendiant.

Et la fourmi dit au-revoir à Peu et s’engouffra dans une de ses nombreuses tanières.

Peu se reposait les yeux ouverts dans son livre doré et pensait !

– La fourmi a raison ! Beaucoup m’a offensé en disant que je n’étais qu’un boulon boulonné ! Et, et si le boulon déboulonné se déboulonnait pour de bon ? Il est là le hic qui fait tomber l’âne et sa charrette. Non, l’âne n’a pas de boulons. Mais l’avion en a et peut tomber Voilà ! L’avion lui, il tombe ! – disait Peu à lui-même.

– Je dois montrer à Beaucoup, et à ceux qui lui donnent raison… qui je suis ! Et à tous les autres qui, pour avoir beaucoup, font tourner le monde de travers ! Ah ! si tout le monde pouvait se contenter de peu… La vie, le bonheur se trouvent dans le peu. Imbéciles. Je montrerai à tout le monde qui est Peu ! Qui je suis. Je bénis la fourmi qui m’a ouvert les yeux.

Puis, il s’endormit enfin. Il dormit longtemps et se réveilla à trois heures de l’après-midi. Il se mit en voyage. Il marcha longtemps et se fatigua tellement que son P glissa et trébucha sur le U.

Il monta sur un bateau qui venait d’être inauguré et qui avant de naviguer pour le compte de la Compagnie des bananes écrasées, devait partir pour le grand port.

Le bateau avançait avec fierté et Peu se laissa glisser dans l’eau du côté de la poupe et raconta ce qui se passait au peu du gouvernail …

Ainsi le peu du gouvernail se détacha du beaucoup du bateau et se réfugia sur le fond de la mer.

Puis, Peu marcha encore, marcha longtemps… il se faufila dans une grue qui soulevait les poids et, par le pied de la machine, il monta jusqu’à son bras et raconta ce qui se passait au pignon …

Et alors le pignon du bras se détacha du beaucoup de la grue, tomba sur la grande place et roula on ne sait pas où.

Enfin de retour chez lui ! Peu se reposait dans son livre doré et repensait à tout ce qu’il avait fait. Il avait fait le tour du monde pour raconter à tous les peus ce qui se passait.

Soudain il entendit une voix faible et désespérée qui l’appelait : – Peu. Peu, où es-tu ? Peu, si tu es où tu es, sors, je t’en prie. C’est moi, Beaucoup, ton ami. Peu, je t’en prie, sors, car je suis vraiment ruiné. Je meurs partout… partout, dans chaque endroit.

Peu, ivre de sommeil, glissa par terre entre les pages du livre doré.

– Peu ! Peu, mon ami ! Ne me fais plus de mal, je t’en supplie : les bateaux privés du peu du gouvernail se sont échoués sur les rochers pointus ! Les ailes des avions, sans les boulons, ont sombré dans les océans et les fleuves ! Les avions…une catastrophe.

– T’es-tu repenti ? As-tu compris maintenant comment tourne la roue… la meule du moulin ? Avec le peu ! Ce petit peu de roues dentées… T’as compris maintenant ?

– Oui, oui, j’ai compris. Il suffit de peu dans toutes les choses… J’ai compris.

– Le secret de la vie est dans le peu ! Tu as été têtu Beaucoup …Pourtant, une petite caresse, un jeu, un brin de compréhension… pour quelque peu, et pas pour quelque beaucoup, et, et, et le monde ne courrait pas vers sa ruine ! Il aurait suffi que tu m’offres une caresse, un sourire… un peu ! Et tout serait allé pour le mieux entre nous. Un peu. Un peu de considération… Je ne te demandais rien d’autre.

Beaucoup se tapit dans son B et allongea son P en tremblant.

– La vilaine cupidité sème la discorde ! Donner un peu, avoir un peu ! Tu ne peux pas comprendre, Beaucoup ! Tu es venu me voir seulement parce que tu as été vaincu et puis, quand je te laisserai tranquille, tu persévéreras dans tes erreurs ! Il y aura toujours des discordes entre Peu et Beaucoup ! Les discordes sont dans ce peu ! Dans les restes ! Si nous analysons le peu et le beaucoup dans le social, par exemple… OK, je te pardonne. Je suis fatigué, Beaucoup. Reviens demain et nous en discuterons à tête reposée. Maintenant je vais m’enfiler dans mon livre doré pour me reposer. Comment va Mais ? Il est toujours indécis, le pauvret. Eternellement indécis. Donne-lui une tape amicale de ma part …Pas trop forte, sinon le point de son i va se casser en deux et Mais deviendrait un maïs sans grains. Reviens demain, Beaucoup.

Et Beaucoup s’en alla tout penaud et pensait, pensait avec sa tête pleine de choses, cette tête qui lui brûlait à en mourir… le peueueu…dans le peu…. Il est donc là le secret de la vie ? Et, et alors qui suis-je ? Qui suis-je ? Su-suis-je vraiment né du peu ?

 


LE 1

Ce jour-là, Dixmillemillionsdemilliards était très en colère, au point que même ses zéros se disputaient entre eux jusqu’à s’allonger vers le haut et ils se bousculaient violemment jusqu’à s’étaler et à s’aplatir comme des crêpes dans une poêle !

C’était l’heure du déjeuner et, dans son très fastueux hôtel particulier, il s’était assis à une très longue table et mangeait des points, des virgules et des tirets de viande de bœuf grillée et, entre une bouchée et une autre, il criait : – Est-ce possible ? Je dis, est-ce possible !? Je ne comprends plus rien et tous mes zéros éclatent ! Je vomis ! Je vomis toute la nourriture que je viens de manger ! J’ai la pointe de mon 1 qui brûle…

Moi et l’autre abruti de Dixmillemillionsdemilliards !!!!

A nous deux, nous sommes vingt mille millions de milliards et ce 1-là nous mène par le bout du nez ! Il se moque de nous ! Il fait ce qui bon lui semble ! Que la vie  est moche! Mon Dieu, mon Dieu, ce n’est pas possiiible ! Nous, les maîtres du monde, nous sommes mis sous pression par ce misérable manche à balai… Mais je jure qu’un de ces jours je vais l’attraper ce salaud de 1, je vais le casser en deux et lui couper le bec !

Et Dixmillemillionsdemilliards ne s’en prenait pas tellement à son associé et rival en affaires, le magnat du café Mondialexpress, Dixmillemillionsdemilliards ! Non, il en avait après le tout petit 1, le vilain, insignifiant et misérable 1, qui était leur associé dans l’immense holding International de boissons colorées au jaune d’œuf et au rhum.

– Je vais le désintégrer ! Je le jure. Je l’émiette et je le réduis en petits points que je vais livrer au vent ! Mon Dieu, mon Dieu ! Mais comment a-t-il pu ! Je vais devenir fou ! Je vais aller à l’asile. D’ailleurs, au point où j’en suis, j’ai tout intérêt à y aller.

Vas t’enfermer dans un asile de fou et finis-en avec les affaires ! Car la vie est injuste… Mauvaise ! – hurlait à lui-même Dixmillemillionsdemilliards, et ses zéros de milliers de milliards de millions se remplissaient de venin.

– Je le cherche, je le cherche et je ne le trouve pas, ce misérable 1 ! Il me fait dire qu’il n’est pas là ! Et personne ne sait où il est !

Il est trop priiiis ! Je suis sûr qu’il s’est coalisé avec ce vaurien de mon associé ! J’en suis sûr ! Ensemble ils vont faire 10.000millionsde milliard + 1. Ainsi ils vont me gruger et ils feront ce qu’ils feront ! Et moi je serai exclu de leurs décisions indécises. Les mathématiques, pouah ! Ça me dégoûte ! Les actions, pouah ! C’est nul ! Le jeu des actions… c’est à vomir ! Dans ce monde capricieux plein de caprices !

Soudain, voilà apparaître le 1, il est tout souriant et son autre associé Dixmillemillionsdemilliards le suit en toute humilité. Ils discutent entre eux et puis s’arrêtent devant l’entrée principale du grand théâtre de l’opéra ancien, un bâtiment spectaculaire de l’époque à dix étages, d’un kilomètre de long ! Et là, sur leurs balcons il y avait tout un tas de gens qui ressemblaient à des poupées en chiffon, ils riaient et applaudissaient en agitant des mouchoirs en papier coloré et lançaient des fleurs jaunes !

– Les actions, pouah ! Ça me dégoûte ! – Et Dixmillemillionsdemilliards, envahi par une jalousie soudaine, foudroya le 1 d’un regard méchant et torve et tous ses zéros se mirent à trembler, car il avait compris qu’en l’état actuel des choses, c’était ce 1-là, ce misérable ensemble de petits points assemblés à la colle, ce vilain petit chiffre qui commandait, et il avait aussi compris que souvent dans un monde…bof ! dans un monde… dans ce bas monde, le peu peut valoir beaucoup, beaucoup plus que tous les capitaux et tout le reste….

Et le 1 l’aperçut, le salua et rit d’un air rusé et transperça du regard les zéros et, qui sait, peut-être un jour… il les lui volerait…en partie…quelques-uns … peut-être presque tous…

Et Dixmillemillionsdemilliards vola immédiatement en pensée au parlement et, les yeux bien fermés, il scrutait la scène.

Les parlementaires étaient tous habillés en noir. Et le président du conseil, lui aussi en noir, tout courbé avec sa petite bosse toute ronde accrochée à son petit dos déformé qui faisait pitié, sondait son entourage d’un air rusé et vigilant… Et puis il y avait le président de la république, qui, lui, appartenait à la frange effilochée d’un petit parti minoritaire…ce 1 pour mille de l’électorat confus capricieux et… bien italien…

 

– You are Italian ! W the Italianism.

– Thank you very much, my English friend !

 

– I am Italian ! Good ! Very very nice. I am. Hourra ! : si tu réussis à placer ce 1 à la bonne place… Tu vas tous les choper !… avec ta chope ! Que tu vas mettre juste là, entre les rayons de la roue du vélo… Pouf ! Tout le monde se casse la figure ! … Puis, tous ahuris comme des idiots, des idiots ! Avec leurs zéros agglutinés les uns aux autres, ils vont te faire la cour … plein de tralala et à la fin, on va trouver certainement un accord … Nous tomberons d’accord ! Rien ne se désaccorde ! La musique est parfaite… Ainsi les roues du vélo recommenceront à tourner … Et avec ton 1 tu vas tout grignoter comme un ver qui ronge la noix ! – s’exclama le 1 en se parlant à lui-même ; et, souriant gracieusement, il prit un petit drapeau de son étui en tissu et arbora l’écusson de son nouveau parti politique ! Et, sur leurs petits balcons, tous les gens qui ressemblaient à des poupées en chiffon avec leur tête pleine de sciure, crièrent vive, vive le très grand et très honnête 1 ! Et son nouveau partiiii !


 

LES SOUVENIRS DU MOLOSSE

OU

MOSTAR, LE PAYS EN GUERRE

Dans un lointain pays, dans une vieille taverne le facteur Molosse était ivre de vin et pleurait… pleurait ! Il aboyait des souvenirs… et caressait avec sa patte la grosse boule en verre jaune où dormait un poisson tout rond aux grandes moustache, qui était son ami. Un poisson de rivière.

  • Il était une fois… oh !

– Il était une fois une belle forêt… de beaux arbres hauts et fleuris… pleins à craquer de nids d’oiseaux, qui – qui se balançaient dans le vent … une belle forêt traversée dans son milieu par une rivière qui riait et les arbustes, qui faisaient un bon bout de chemin avec elle, étaient couverts de petites roses multicolores et se penchaient souvent offrant à l’eau quelques fruits parfumés !

Et chaque jour le poisson Marguerite racontait à ses amis des tas d’histoires, autant que les nombreux pétales qui ornaient son corps rond comme le soleil ! Plein d’histoires de vie vécue…un poulpe fut retrouvé sous la mer en train de serrer une bouteille de Martini…une méduse couleur turquoise étalée comme un parasol sur une plante marine jouait du violon …

Et le poisson Sympathie collectionnait des petites bulles de rivière en les recueillant dans des bocaux qu’il bouchait avec des écailles de pierres vertes !

Et le poisson Aimable sirotait un extrait d’algues liquoreux dans une coupelle en argent et faisait des sauts de joie enivrante parmi ses amis qui s’esclaffaient de rire !

Et l’escargot Couleur-Orange lustrait les cailloux avec sa bave et un chiffon d’algue bleue !

Et le soleil avant de se coucher devenait tout rouge et se pavanait, éclaboussant de couleur les nuages paresseux qui dormaient tout le temps !

Tout au bout de la forêt, il y avait le village qui était une fourmilière de maisons agrippées à la falaise comme des grains de raisin autour de leur branche et, tous les jours, mes amis les animaux faisaient toujours la fête sur la place des bananes ! Sur la pla-ce des bananes.

Près de la fontaine il y avait le vieil écureuil P’tite-Chaussure qui vendait des noisettes cuites… Sur les marches du vieux couvent il y avait l’abeille Honorée qui distribuait des fils de miel à tout le monde !

Les commères poules vendaient des œufs de cour et… les marmottes, après avoir travaillé toute la nuit, pour dormir en paix faisaient semblant d’être mortes !

Les tortues âgées, au cou plein de rides… brodaient des feuilles séchées de laitue avec des fils d’herbe de la forêt…

Dans ce pays-là vivait aussi une ânesse qui était toute seule car son mari était mort depuis un mois environ en tirant sa charrette peinte en rouge et jaune et pleine à ras-bord de joyaux coûteux.

Et moi, Molosse… On m’avait élu facteur … on m’avait élu facteur et je livrais à tout le monde des recommandées et des colis … quelques lettres et quelques factures.

Le boulanger, le chien Losci, passaient au four des brioches qui en sortaient toutes flasques !

– Finis-en ! Finis-en, facteur Molosse ! Nous n’avons pas la patience d’écouter tes aboiements rauques et plaintifs ! S’écrièrent tous en chœur des vieux faisans qui trinquaient avec leurs jeunes amies poules.

– Je termine, je termine…vous-vous ne comprenez pas…. ne comprenez pas… Puis arrivèrent les loups ! Maintenant il ne reste plus rien de mon beau pays ! : certains se sont enfuis, d’autres sont morts… d’autres ont été pris dans les pièges… il ne reste plus rien de mon beau pays ! Des intrigues et des intrigues ... des disputes … Mon beau pays ! Les loups, les loups … Mes pauvres amis… oh, le chien Losci, l’abeille Honorée.. l’abeille Honorée a été dévorée … certains sont tombés dans les pièges… comprenez-vous maintenant ? Les Loups !! Les Loups !! – et il éclata en de longs sanglots.

– Allez, allez ! Patron, donne à boire à notre ami Moloooosse ! – cocoricoa un coq parisien qui becquetait frénétiquement dans deux longues coupes de vin.

 

 

LE RENARD INSTRUIT

 

Il était une fois un renard qui s’était beaucoup instruit et qui passait une grande partie de son temps un livre entre ses pattes.

Tous les autres renards l’évitaient, car ils trouvaient qu’il était très assommant, mais lui, n’arrivait pas à comprendre la raison de leur comportement à son égard.

Ainsi, un jour, lorsqu’ils étaient tous réunis entre les souches d’un châtaignier, il prit courage et décida de monter sur un tronc d’arbre pour faire un beau discours, et il se mit à parler :

– je vous en prie mes amis les renards, accordez-moi un peu de votre attention, finalement moi aussi je suis un renard. Je ne sais pas pourquoi vous m’évitez, mais je sais, je vous le jure ! que j’ai un grand respect pour vous tous ! Et je n’ai jamais fait de tort à aucun d’entre vous, je vous demande donc très poliment de me prêter un peu d’attention. Puis, je voudrais… c’est une prière que je vous adresse…-

Quelques renards se mirent à bailler et d’autres manifestèrent leur agacement.

– Je pense que… permettez-moi de vous dire que je passe beaucoup de temps à comprendre, tout comme vous, les choses de ce monde.

Je sais, sans vouloir vexer personne, pourquoi il y a tant d’étoiles dans le ciel et comment elles contribuent à l’équilibre du monde et de l’univers tout entier ; le soleil est la seule étoile très proche de nous et il réussit à amener ses rayons jusqu’à nous, et les rayons sont la lumière ! Et je sais que la terre s’amuse à tourner autour du soleil et que c’est pour cela que la nuit arrive. Et il y a la lune ! Qui nous offre un peu de lumière quand il fait noir et parfois elle nous en donne même beaucoup. Comme si elle était un autre soleil ! Elle est plus petite que la terre et sa masse fait que la mer a la marée basse ou haute, de plus, son influence se reflète jusque…–

Un renard se mit à bailler, bougonna quelque chose et s’ennuya.

– Et je sais pourquoi l’eau de mer est toujours salée. Elle n’est qu’un ensemble de petites gouttes et dedans il y a les poissons qui nagent tout contents. Et je sais aussi comment sont nées les montagnes et pourquoi en hiver elles sont couvertes de neige et comment les arbres grimpent vers le ciel à partir d’une petite graine là dans la terre…–

Quelques renards se mirent à bailler, d’autres s’ennuyèrent et quelques-uns partirent.

– Mais regarde-moi ça ! Je ne comprends pas : je vous en prie ! Je ne dis que des choses utiles qui servent à nous faire mieux comprendre la vie et à nous rendre heureux !… Les arbres fleurissent pour donner ensuite tout un tas de fruits à plein d’animaux qui contribuent eux aussi à l’équilibre naturel dans lequel nous vivons et auquel nous participons dans le bien comme dans le mal…–

Un renard bailla encore une fois, un autre s’ennuya et un autre partit.

– Ecoutez-moi, nom de dieu ! : je vous dis des choses que vous n’avez jamais entendues et pour les apprendre, je me suis usé tous les poils des pattes à force de feuilleter des pages et des pages de livres et de livres ! Pour savoioioir ! Ce sont des choses utiles ! Pour mieux vivre !

Nous pouvons sauver notre peau, nous mettre à l’abri du danger dans nos tanières ! Car j’ai découvert que quelqu’un commande les chiens quand ils nous poursuivent comme des fous : Je vous le jure : quelqu’un leur donne des ordres ! Et…–

Quelques renards baillèrent et d’autres partirent.

– Les chiens obéissent aux ordres de certaines personnes en échange un petit bout de pain et d’un peu d’abri…–

Le dernier renard bailla, bougonna et s’ennuya… Puis, il ne resta plus personne ! Le renard resta tout seul sur son tronc !

Seule une fouine était restée et avait écouté avec intérêt, en disant « oui, oui » avec des signes de la tête et en prenant même des notes.

Le pauvre renard, se sentant tout seul, descendit de son arbre et, d’un air très triste, demanda à la fouine : – Pourquoi, pourquoi, sont-ils tous partis sans même m’écouter ? Je disais tant de choses utiles ! Et j’ai découvert, ce qui devrait les intéresser au plus haut point, pourquoi autant de chiens soudain se mettent à nous poursuivre ce qui donne les chocottes à tous les renards !

La fouine cligna ses tout petits yeux, pointa son museau tordu vers le renard et dit : – Tu sais ! Tu sais ! Tu sais ! Tu sais ! Tu sais ! Mais que sais-tu ? Tu sais ce qui te plaît à toi, mais pas à eux ! Avec les renards tu ne dois parler que d’œufs et poules ! Ressaye demain : monte sur ton tronc et dis-leur que tu sais où se trouve un beau poulailler plein, archiplein de… oh ! de poules ! de poules, de poules…de poules !–

– Des poules ? – demanda le renard d’un air stupéfié.

  • Oui ! des pouououles !!–

 

 

 

 

 

 

 


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